La marmite qui chauffe lentement et notre perception des actions blâmables
Assalamu Alaikum wa Rahmatullah, Vous avez déjà entendu parler de cette histoire de grenouille bouillie ? Si vous plongez une grenouille directement dans l’eau chaude, elle saute tout de suite dehors. Mais si vous la mettez dans de l’eau froide et que vous augmentez la température tout doucement, elle reste là jusqu’à être cuite. Elle ne remarque même pas le changement. C’est en gros comme ça que Shaytan opère avec nous. Il ne commence pas à te pousser vers les grands péchés dès le premier jour. Il augmente la chaleur petit à petit - un peu de négligence par-ci, une petite excuse par-là. Avec le temps, ton ressenti de ce qui est acceptable se déplace si lentement que tu ne vois même pas où tu as atterri. Allah nous donne un avertissement direct à ce sujet : يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا لَا تَتَّبِعُوا خُطُوَاتِ الشَّيْطَانِ " Ô vous qui avez cru, ne suivez pas les pas de Shaytan. " (An-Nur 24:21) Les pas - l’un après l’autre. Chacun paraît minuscule et inoffensif en soi. Moins nous nous souvenons de notre Seigneur, moins nous sentons la température monter autour de nous. C’est juste comme ça que ça se passe à un niveau personnel. On vit à une époque où la foi a été réduite à quelque chose de privé, du style " c’est juste entre Allah et moi " ou " ne me juge pas ". Et ouais, il y a du vrai à se concentrer sur ses propres défauts. Mais cette idée a été poussée si loin qu’on a perdu de vue la façon dont l’Islam nous considère vraiment. Le Prophète ﷺ a dit : مَثَلُ الْمُؤْمِنِينَ فِي تَوَادِّهِمْ وَتَرَاحُمِهِمْ وَتَعَاطُفِهِمْ مَثَلُ الْجَسَدِ إِذَا اشْتَكَى مِنْهُ عُضْوٌ تَدَاعَى لَهُ سَائِرُ الْجَسَدِ بِالسَّهَرِ وَالْحُمَّى " Les croyants, dans leur affection mutuelle, leur compassion et leur sympathie, sont comme un seul corps. Si un membre se plaint, le reste du corps répond par l’insomnie et la fièvre. " (Sahih Muslim 2586) Si on est un seul corps, alors ce que je fais ne m’atteint pas seulement moi. Mes faux pas et ma négligence ne sont pas que mon affaire. Quand on traite chaque prescription comme une question de liberté personnelle, on agit comme si les membres d’un corps pouvaient faire ce qu’ils veulent sans que le reste ne soit blessé. Et c’est là qu’il faut qu’on change notre façon de voir les choses. Certains d’entre nous regardent certaines choses interdites et disent : " Je ne comprends pas pourquoi c’est haram. Je ne vois pas le mal. " Mais Allah a décrit cette religion comme une miséricorde pour toute la création : وَمَا أَرْسَلْنَاكَ إِلَّا رَحْمَةً لِّلْعَالَمِينَ " Et Nous ne t’avons envoyé que comme miséricorde pour tous les mondes. " (Al-Anbiya 21:107) Donc pas seulement pour toi en tant qu’individu, pas seulement pour les gens qui semblent " normaux " ou forts, mais aussi pour ceux qui sont les plus fragiles et susceptibles de glisser vers le mal. Les prescriptions de l’Islam sont des protections destinées à tout le corps, mais parfois on raisonne comme si on n’était qu’un pouce isolé qui fait sa vie. Une partie de cette sagesse est évidente. Une autre ne devient claire que plus tard, et parfois tu pourrais ne jamais totalement saisir les raisons parce que les vrais problèmes n’apparaissent qu’après une génération ou deux. Tu es un membre qui essaie de comprendre la santé de tout le corps. La grenouille est bouillie parce qu’elle ne ressent que ce qui est tout autour d’elle - elle ne peut pas voir la situation dans son ensemble. Quand on juge les prescriptions d’Allah d’après ce qu’on remarque ou non individuellement, on est juste assis dans une eau qui se réchauffe et on appelle ça confortable. Faire confiance à la sagesse d’Allah, c’est reconnaître qu’on fait partie de quelque chose de bien plus grand que soi, et que Celui qui a créé le corps tout entier sait mieux qu’une seule cellule ou qu’un seul membre ce qui pourrait le blesser. Un autre aspect de ça : l’individualisme n’est pas la façon dont un croyant est censé voir le monde. L’ego peut détruire la connexion d’une personne avec Allah, et avec le reste du corps, et donc le membre lui-même finit par souffrir. Alors essaie de vérifier si l’eau autour de toi n’est pas déjà plus chaude que tu ne le pensais. Souviens-toi de ton Seigneur, et sors-en avant que la mort n’arrive et que l’ébullition ne passe d’un symbole à quelque chose de bien trop réel.