La première traduction latine du Coran : un outil pour réfuter, pas pour comprendre
En 1143, un moine nommé Robert de Ketton, à la demande de l'abbé Pierre le Vénérable, a réalisé la toute première traduction complète du Coran en latin. Mais voilà le truc - elle n’avait pas été faite pour aider les chrétiens à connaître l’islam. En fait, elle était censée leur donner des munitions pour l’attaquer. Il suffit de regarder le titre qu’ils lui ont donné : " Lex Mahumet pseudoprophete ", ce qui signifie " La loi de Mahomet le faux prophète ". Donc, avant même que quiconque commence à lire, l’œuvre entière était déjà étiquetée avec un énorme parti pris. Bon, les spécialistes aujourd’hui s’accordent à peu près pour dire que Robert n’a pas fait une traduction fidèle. Souvent, il paraphrasait, développait ou condensait les versets. Il réarrangeait les phrases et ajoutait ses propres interprétations. La structure originale du Coran - avec ses sourates et ses versets - s’est retrouvée mélangée dans une sorte de prose latine, ce qui la rendait très différente de ce que les musulmans récitent réellement. Plus tard, quand des experts ont comparé le latin de Robert à l’arabe, ils ont découvert que ça s’écartait beaucoup du texte et du sens d’origine. L’objectif de Pierre le Vénérable a clairement influencé la façon dont c’était traduit et présenté. Quelques siècles plus tard, des traducteurs qui travaillaient directement à partir de l’arabe ont produit des versions latines bien plus précises. Même des érudits chrétiens qui n’étaient pas d’accord avec l’islam ont admis que le travail de Robert était trop lâche pour être fiable. Un exemple célèbre vient de la sourate Al-Mu’minun, verset 14, qui parle du développement de l’embryon humain. La version de Robert ajoutait plein de détails et d’interprétations supplémentaires, au lieu de simplement dire ce que dit l’arabe. C’est un cas clair où la traduction se transforme en commentaire. Donc, le premier Coran latin n’était pas fait pour jeter des ponts - il était fait pour monter un dossier contre lui. Quelque chose à méditer quand on pense à comment le savoir est partagé entre les communautés.